Rachid Benhamed entra ainsi dans la résistance. Métier : poseur de bombes devant les bâtiments officiels. Objectif : ne tuer personne si possible. Les dirigeants du Néo-Destour pensaient que le bruit et les dégâts suffisaient. Et l'histoire leur donna raison. L'indépendance de la Tunisie donna lieu à bien des rancœurs. Elle évita, économe du sang des innocents, d'élever le mur de la haine.
Trois ans durant lesquels Rachid fut logé à la médersa de la mosquée de la Zitouna, partageant son temps entre la subversion, les études en compagnie d'une cinquantaine d'autres élèves, et son combat contre le désir de retrouver Antoine.
Tous les samedis, pendant cette époque, il se rendait à midi aux environs du lycée où il se cachait dans une encoignure de porte. Il voyait alors arriver la voiture de M. Alphonso. Quelques minutes plus tard Antoine apparaissait, sa valise et son cartable en mains. Et Rachid restait là un long moment, réfléchissant sur l'étrange volonté d'Allah, qui lui avait offert comme seul ami l'un de ces envahisseurs d'une terre appartenant à l'Islam. Il retrouvait ensuite sa chambre où il écrivait des lettres qui, par prudence, ne quittèrent jamais son tiroir.
Rachid grimpa quelques échelons dans la hiérarchie du Parti. Ne manquait qu'un coup d'éclat pour lui permettre d'entrer dans la galerie des héros de la cause nationale. Il le réalisa quinze mois avant les accords d'auto détermination, se faisant arrêter en compagnie de tout son réseau.
À sa libération, Antoine n'était plus au lycée Carnot. Rachid se mit à sa recherche. M. Alphonso, du haut de son instinct, avait senti le vent tourner. La propriété vendue bien avant la nationalisation des terres, toute la famille était rentrée en France
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